La déclaration de John Zito, co-responsable du crédit chez Apollo Global Management, intervient dans un moment délicat pour le secteur du logiciel. Lors d’un échange avec des clients d’UBS, il a pointé un problème précis : de nombreuses sociétés détenues par des fonds de private equity seraient encore valorisées à des niveaux déconnectés du marché actuel.
Cette prise de position ne relève pas d’un simple débat théorique. Elle vise directement les acteurs du crédit privé, qui ont largement financé ces acquisitions ces dernières années. Si les valorisations sont revues à la baisse, les pertes pourraient être importantes pour les prêteurs.
Des valorisations héritées d’une période d’euphorie désormais contestées
Entre 2018 et 2022, les conditions étaient particulièrement favorables aux opérations dans le logiciel. Les taux bas facilitaient l’endettement, et les investisseurs misaient sur une croissance rapide du secteur. Résultat : des rachats réalisés à des niveaux élevés, souvent basés sur des multiples très ambitieux.
Depuis, le marché coté a corrigé brutalement. De nombreuses entreprises technologiques ont vu leur capitalisation chuter de 30 % à plus de 50 %, traduisant une révision des perspectives de croissance et de rentabilité.
Le décalage soulevé par John Zito repose sur ce point : les valorisations dans le non coté n’ont pas suivi le même rythme d’ajustement. Tant que ces actifs ne sont pas revendus ou refinancés, ces écarts restent théoriques. Mais dès qu’une opération intervient, la réalité du marché s’impose, souvent avec une baisse rapide de la valeur.
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L’intelligence artificielle accélère la pression sur les modèles existants
La montée en puissance des technologies développées par OpenAI et Anthropic renforce cette remise en question.
Certains logiciels, autrefois perçus comme indispensables, peuvent désormais être remplacés ou simplifiés grâce à ces outils. Cela réduit la visibilité sur les revenus futurs de nombreuses entreprises du secteur.
Les marchés boursiers ont déjà intégré cette évolution, en ajustant les valorisations à la baisse. En revanche, dans le private equity, les ajustements restent plus lents, ce qui accentue le risque signalé par Apollo.
Jusqu’à 80 % de pertes possibles pour certains prêteurs
Le point le plus marquant de l’intervention de John Zito concerne le niveau potentiel des pertes. Selon lui, dans les situations les plus défavorables, les prêteurs pourraient récupérer entre 20 et 40 centimes pour chaque dollar prêté.
Ce scénario repose sur une combinaison de facteurs :
- des entreprises acquises à des prix élevés
- un endettement important utilisé pour financer ces opérations
- une baisse de valorisation liée aux nouvelles conditions de marché
Même sans faillite totale, une simple réévaluation à la baisse peut suffire à réduire fortement la capacité de remboursement. Dans ce cas, les pertes pour les créanciers deviennent significatives.
Les acquisitions réalisées au pic du marché particulièrement visées
Les entreprises rachetées entre 2018 et 2022 concentrent l’essentiel des inquiétudes. Cette période correspond à un moment où les valorisations étaient élevées et les conditions de financement très favorables.
Aujourd’hui, ces sociétés doivent évoluer dans un environnement plus exigeant. Beaucoup présentent des profils plus fragiles que les grandes entreprises cotées, avec une taille intermédiaire et une dépendance plus forte à certains segments.
Pour Apollo, cette combinaison augmente la probabilité de tensions financières, notamment lorsque la croissance ne suit pas les attentes initiales.
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Apollo prend ses distances et rassure sur son exposition
Face à ces risques, Apollo Global Management insiste sur sa faible exposition au secteur du logiciel. Le groupe indique que ce segment représente moins de 2 % de ses actifs sous gestion, et précise ne pas être engagé directement dans des participations en capital dans ce domaine.
Ce positionnement vise à rassurer les investisseurs, alors que certaines stratégies plus concentrées pourraient être davantage exposées à une correction prolongée.
Une alerte qui reflète un changement plus large du marché
Au-delà du cas du logiciel, les propos de John Zito traduisent une évolution plus globale. Les investisseurs deviennent plus attentifs à la rentabilité réelle des entreprises et moins enclins à accepter des valorisations élevées fondées uniquement sur des perspectives de croissance.
Le crédit privé, qui a fortement soutenu les opérations de rachat ces dernières années, entre dans une phase plus exigeante. Les dossiers les plus fragiles pourraient révéler des pertes importantes, tandis que les entreprises les plus solides devraient mieux résister.
Cette situation marque un tournant pour le financement du secteur technologique. Les années d’abondance laissent place à une période où la discipline financière et la capacité à générer des revenus durables deviennent déterminantes pour les investisseurs comme pour les prêteurs.
