Les plateformes de vente entre particuliers font face à une évolution préoccupante des escroqueries en ligne. Sur Vinted, certains acheteurs exploitent désormais des images générées par intelligence artificielle pour obtenir des remboursements indus. Cette technique, appelée « refund », repose sur un principe simple : prétendre qu’un article n’a pas été reçu ou qu’il est arrivé endommagé afin d’être remboursé, tout en conservant le produit.
Le procédé n’est pas inédit dans le commerce en ligne. De grandes enseignes comme Amazon, Fnac ou Decathlon y sont régulièrement confrontés. Mais l’arrivée d’outils d’IA capables de produire des visuels crédibles donne une nouvelle dimension à ces pratiques.
Comment fonctionne la fraude au “refund” ?
Le mécanisme repose sur une faille classique des ventes à distance. Après avoir commandé un article, l’acheteur ouvre un litige en affirmant que le colis est arrivé abîmé ou incomplet. Pour appuyer sa demande, il transmet des photos censées prouver le dommage.
La nouveauté tient dans la fabrication de ces preuves. Grâce à des générateurs d’images accessibles au grand public, il devient possible de produire un cliché montrant un objet détérioré, plié ou taché, sans que le dommage n’ait jamais existé. Quelques instructions textuelles suffisent à créer un visuel cohérent : livre aux pages froissées, vêtement troué, boîte écrasée.
Ces images sont ensuite soumises au service client. Or, les plateformes traitent chaque jour un volume massif de colis et de réclamations. Les contrôles approfondis restent difficiles, en particulier lorsque les procédures sont en partie automatisées.
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Un cas récent signalé sur Vinted
La méthode a récemment été rapportée par un vendeur sur Vinted, via le réseau social X. Celui-ci explique avoir expédié un livre en parfait état. À la réception, l’acheteur a ouvert un litige, affirmant que l’ouvrage était endommagé.
Pour étayer sa réclamation, il a transmis une image montrant le livre abîmé. Selon le vendeur, le visuel présentait des anomalies laissant supposer une génération artificielle, notamment un fond présentant les mêmes altérations que l’objet lui-même.
Malgré cette contestation, la plateforme a tranché en faveur de l’acheteur, estimant que l’article n’était pas correctement emballé. Résultat : remboursement accordé, article conservé.
Ce type de situation reste encore marginal, mais il révèle la vulnérabilité des systèmes de modération face à des contenus visuels fabriqués numériquement.
L’IA rend les preuves plus difficiles à détecter
Les outils d’intelligence artificielle générative ont gagné en réalisme au cours des derniers mois. Ils produisent désormais des images intégrant ombres, textures et défauts crédibles.
Pour un service client, distinguer une photo authentique d’un visuel créé par algorithme devient complexe, surtout lorsque le litige porte sur un dommage courant : coin plié, couture décousue, rayure légère.
Cette évolution pourrait encourager la multiplication des demandes frauduleuses, notamment sur les plateformes de seconde main où les objets circulent sans intermédiaire professionnel.
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Des sanctions pénales pourtant prévues par la loi
La fraude au remboursement relève des pratiques commerciales trompeuses. En France, ce type d’agissement peut être sanctionné pénalement. La loi prévoit jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende pour les infractions caractérisées.
Au-delà de l’aspect judiciaire, ces comportements fragilisent la confiance entre vendeurs et acheteurs. Les particuliers qui expédient des biens prennent le risque de perdre à la fois leur produit et le montant de la transaction.
Pour les plateformes, l’enjeu consiste désormais à renforcer les contrôles, améliorer l’analyse des images et affiner les procédures de traitement des litiges afin d’endiguer cette nouvelle forme d’escroquerie numérique.
