Le débat autour de la taxe Zucman prend une ampleur nationale depuis que le prix Nobel d’économie 2025, Philippe Aghion, a exprimé de vives réserves quant à son application. Selon lui, cette mesure risquerait d’avoir un effet désastreux sur le développement de l’intelligence artificielle (IA) en France.
La proposition, inspirée par l’économiste Gabriel Zucman, prévoit de taxer la valorisation non réalisée des entreprises et grandes fortunes, une idée visant à renforcer la justice fiscale. Mais dans les faits, de nombreux experts redoutent qu’elle ne freine l’investissement dans les secteurs émergents, particulièrement celui de l’IA, qui repose sur une croissance rapide et souvent peu rentable au départ.
Pourquoi la taxe Zucman inquiète les acteurs de la tech ?
Contrairement à un impôt classique sur les bénéfices, la taxe Zucman s’appliquerait sur la valeur estimée d’une entreprise, même si celle-ci ne génère encore aucun profit. Autrement dit, une start-up en phase de développement, valorisée à plusieurs milliards d’euros sur les marchés, pourrait être contrainte de verser une taxe calculée sur cette valorisation.
Pour Philippe Aghion, ce mécanisme reviendrait à imposer des entreprises avant qu’elles ne soient rentables, les poussant à s’endetter pour payer l’impôt. Une situation jugée insoutenable pour les jeunes pousses françaises, notamment dans un secteur aussi capitalistique que celui de l’intelligence artificielle, où la rentabilité se fait souvent attendre plusieurs années.
Cette crainte est partagée par plusieurs dirigeants de start-up tricolores, qui rappellent que l’écosystème de l’IA repose sur la levée de fonds et la réinjection permanente de capitaux. En alourdissant la fiscalité sur les valorisations, la France risquerait de faire fuir ses entrepreneurs vers des pays fiscalement plus attractifs comme les États-Unis, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni.
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Un risque de fuite des talents et des capitaux
La France s’efforce depuis plusieurs années de rattraper son retard dans la course mondiale à l’intelligence artificielle. Des entreprises comme Mistral AI incarnent cette ambition de bâtir une alternative européenne aux géants américains de la technologie.
Mais une fiscalité jugée trop lourde pourrait remettre en question cet élan. Les start-up de l’IA, souvent valorisées à plusieurs milliards malgré une rentabilité encore fragile, seraient directement touchées par la taxe Zucman.
Dans les faits, ces entreprises utilisent la majorité de leurs ressources pour recruter des ingénieurs, financer la recherche et investir dans les infrastructures de calcul, et non pour dégager des profits à court terme.
Une taxe sur la valorisation viendrait donc ponctionner des fonds déjà limités, risquant de ralentir l’innovation ou même d’entraîner des délocalisations massives vers des marchés plus cléments.
Une opposition fondée sur la défense de l’innovation
Pour Philippe Aghion, cette taxe représenterait une menace directe pour la compétitivité technologique de la France. En taxant la promesse de croissance avant qu’elle ne soit réalisée, l’État prendrait le risque de punir la réussite avant même qu’elle n’existe.
L’économiste, reconnu pour ses travaux sur la croissance endogène, estime que la France doit au contraire encourager l’investissement dans la recherche et l’innovation, non les contraindre. Il défend une approche plus incitative, centrée sur la stimulation du capital humain, la flexibilité économique et la stabilité fiscale.
Pour lui, la réussite de l’IA française repose sur la confiance des investisseurs et la sécurité juridique des jeunes entreprises. Toute mesure qui créerait une incertitude ou un risque supplémentaire pourrait dissuader les financements privés, pourtant essentiels au développement du secteur.
Zucman défend une vision différente de la fiscalité
Face à ces critiques, Gabriel Zucman soutient que sa proposition vise avant tout à corriger les inégalités engendrées par la concentration des richesses. Selon lui, l’objectif n’est pas de pénaliser les start-up, mais de s’assurer que les grandes fortunes contribuent équitablement à l’effort collectif.
Ses partisans estiment que la taxe pourrait rapporter jusqu’à 20 milliards d’euros par an, une manne susceptible de financer des politiques publiques ambitieuses dans l’éducation, la transition écologique ou encore le soutien à la recherche.
Ils affirment aussi que le système pourrait être ajusté pour tenir compte des entreprises en phase de croissance, afin d’éviter de pénaliser les sociétés qui ne réalisent pas encore de bénéfices.
Cependant, la faisabilité de cette distinction reste incertaine. De nombreux analystes redoutent une complexité administrative considérable, avec un risque de contentieux et de distorsions entre secteurs.
