Créée en 2014, Back Market est devenue en quelques années l’une des entreprises françaises les plus connues du commerce électronique. Derrière cette trajectoire figure une plateforme spécialisée dans la vente de produits électroniques reconditionnés, portée par une structure claire, une croissance rapide et des levées de fonds successives. Le passage au rang de licorne en 2021 n’est pas le fruit d’un emballement soudain, mais le résultat d’un enchaînement précis de décisions économiques et industrielles.
Une entreprise construite comme un intermédiaire structurant
Back Market est une marque commerciale de Jung SAS, société française spécialisée dans le commerce électronique. Son positionnement repose sur un rôle d’intermédiaire entre les consommateurs et les professionnels du reconditionnement d’appareils électriques et électroniques.
En 2024, la plateforme fédère environ 1 700 reconditionneurs professionnels, ce qui lui permet de proposer un catalogue très large de smartphones, ordinateurs, tablettes et équipements électroniques.
L’entreprise dispose de bureaux à Paris, Bordeaux, New York et Berlin, avec plus de 600 salariés recensés dès 2021.
Ce maillage international a permis à Back Market d’opérer sur plusieurs marchés tout en conservant une gouvernance centralisée.
Des fondateurs avec une vision claire dès le départ
Back Market a été fondée par Thibaud Hug de Larauze, Vianney Vaute et Quentin Le Brouster, trois entrepreneurs français. Leur objectif initial était de rendre accessibles les produits remis à neuf tout en proposant une alternative crédible à l’achat de matériel neuf.
Le projet s’inscrit dès l’origine dans une volonté de réduction de l’obsolescence programmée, avec l’idée de prolonger la durée de vie des appareils électroniques plutôt que de multiplier leur fabrication. Cette orientation a rapidement trouvé un écho auprès d’un public sensible aux économies réalisées et à la réduction du gaspillage technologique.
Une montée en puissance appuyée par des levées de fonds progressives
La croissance de Back Market s’est faite par étapes, chacune soutenue par des financements adaptés à son niveau de développement.
En 2015, une première levée de 300 000 euros permet à l’entreprise de structurer ses débuts.
En 2017, une levée de 7 millions d’euros accompagne l’expansion européenne. À cette période, 30 pour cent de l’activité est déjà réalisée en Espagne, Allemagne, Belgique et Italie, avec un volume d’affaires annoncé à 96 millions d’euros.
L’année 2018 marque une accélération avec une levée de 41 millions d’euros, soutenue notamment par Daphni, le groupe Arnault, Thierry Petit et Eurazeo.
En 2020, le contexte du confinement entraîne un doublement des ventes. Back Market revendique alors 1 200 partenaires reconditionneurs et réalise une nouvelle levée de 110 millions d’euros.
En mai 2021, une levée de 276 millions d’euros propulse officiellement l’entreprise dans la catégorie des licornes françaises.
Début 2022, une nouvelle opération de 450 millions d’euros porte la valorisation à 5,1 milliards d’euros, avec une présence dans dix sept pays.
Un modèle économique basé sur une place de marché contrôlée
Back Market fonctionne comme une place de marché, mettant en relation les clients finaux avec des reconditionneurs professionnels. Ces derniers peuvent être des ateliers spécialisés, des boutiques d’occasion, des réseaux de reprise ou des circuits issus des retours de grande distribution.
Les vendeurs paient à Back Market un abonnement ainsi qu’une commission sur chaque vente. Les reconditionneurs les mieux notés bénéficient d’une meilleure visibilité sur la plateforme, selon un algorithme interne.
La société indique avoir réduit le taux de produits vendus défectueux, passé de 10 pour cent à 5 pour cent en 2019, grâce à des contrôles renforcés et à une sélection plus rigoureuse des partenaires.
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Des ajustements face aux critiques et aux contrôles
Le développement rapide de Back Market s’est accompagné de critiques. En 2019, une enquête de 60 millions de consommateurs souligne un volume élevé de plaintes, notamment sur la satisfaction client et la durée de garantie.
Certaines remarques portent également sur l’absence initiale d’option systématique pour le remplacement de batterie par une neuve. En réponse, l’entreprise indique avoir mis en place des procédures de vérification, incluant des questionnaires, une période d’essai de quarante jours pour les partenaires et des contrôles aléatoires par achats directs.
La garantie est aujourd’hui fixée à douze mois minimum, et l’origine géographique du reconditionnement est clairement affichée.
En mars 2022, la DGCCRF publie une enquête pointant un manque d’information chez plusieurs acteurs du secteur, dont Back Market, tout en reconnaissant son statut de leader.
Une diversification progressive des canaux de vente
Après s’être développée exclusivement en ligne, Back Market amorce une nouvelle phase. En 2025, l’entreprise annonce l’ouverture de magasins physiques, d’abord aux États Unis, avec un objectif affiché de 500 boutiques en France à terme.
En octobre 2025, un partenariat est conclu avec Bouygues Telecom, permettant la vente de smartphones reconditionnés Back Market directement dans les points de vente de l’opérateur, avec des garanties équivalentes à celles de la plateforme.
