L’année 2025 confirme la fragilité persistante du tissu entrepreneurial français. Avec 68 564 défaillances d’entreprises recensées, le niveau dépasse celui de 2024 et traduit une aggravation de la situation. La construction figure parmi les secteurs les plus exposés et concentre une part importante des procédures collectives.
La construction : un secteur fortement représenté dans les procédures
En 2025, la construction représente 21,3 % des ouvertures de procédures collectives au deuxième trimestre. À fin octobre, 14 801 défaillances cumulées sur douze mois concernent le seul BTP. Concrètement, près d’une entreprise défaillante sur cinq appartient à cette filière.
Ce poids élevé s’explique par plusieurs caractéristiques propres au secteur.
Une prédominance de très petites entreprises
La construction repose majoritairement sur des entreprises de petite taille, souvent de moins de 10 salariés.
Ces structures disposent généralement :
- de fonds propres limités,
- d’une capacité d’investissement réduite,
- d’une dépendance importante à la trésorerie courante.
Un simple décalage de paiement, un chantier interrompu ou une baisse temporaire d’activité peut rapidement déséquilibrer leur situation financière.
Des marges faibles dans un environnement concurrentiel
La concurrence est particulièrement forte, notamment sur les marchés publics et la construction résidentielle.
Les appels d’offres tirent les prix vers le bas, ce qui limite la capacité à préserver les marges.
Lorsque les coûts des matériaux ou de l’énergie augmentent, les entreprises ne peuvent pas toujours ajuster immédiatement leurs tarifs, surtout si les devis ont été signés à prix fixe.
Une dépendance directe au logement neuf et aux investissements publics
Le volume d’activité du BTP dépend fortement :
- des mises en chantier de logements,
- des transactions immobilières,
- des budgets d’investissement des collectivités.
La contraction du logement neuf depuis 2023 continue d’avoir des répercussions sur l’ensemble de la chaîne, des promoteurs aux artisans sous-traitants.
Des tensions de trésorerie persistantes
Le remboursement des Prêts Garantis par l’État, contractés pendant la crise sanitaire, pèse encore sur de nombreuses TPE et PME du secteur.
À cela s’ajoutent :
- des délais de paiement parfois longs,
- un accès au crédit plus sélectif,
- une visibilité réduite sur les nouveaux projets.
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Des situations différentes selon les segments
Le bâtiment : une résistance relative mais fragile
Le bâtiment affiche une tenue légèrement meilleure que ce que la Fédération Française du Bâtiment (FFB) anticipait, avec une prévision de recul d’activité comprise entre -2,6 % et -5,6 %.
Les entreprises spécialisées dans :
- la rénovation,
- l’entretien,
- la performance énergétique
conservent un niveau d’activité plus soutenu que celles positionnées principalement sur le logement neuf.
En revanche, la baisse des mises en chantier fragilise :
- les entreprises de gros œuvre,
- les acteurs intervenant dès les premières phases de construction,
- les sous-traitants dépendants des programmes de promotion immobilière.
Les carnets de commandes se réduisent progressivement, ce qui augmente la probabilité de nouvelles défaillances.
Les travaux publics et la promotion immobilière : une exposition plus forte
Les travaux publics dépendent étroitement des décisions d’investissement des collectivités et de l’État.
Le report ou la réduction de certains projets d’infrastructure limite les perspectives d’activité.
La promotion immobilière reste particulièrement vulnérable :
- accès au crédit plus strict pour les acquéreurs,
- ralentissement des ventes,
- allongement des délais de commercialisation,
- coûts financiers plus élevés pour les opérations en cours.
Lorsque les logements se vendent moins vite, l’équilibre économique des programmes devient plus fragile, ce qui se répercute sur l’ensemble des entreprises intervenant sur les chantiers.
Un volume mensuel élevé et stable
En 2025, le nombre de défaillances d’entreprises se maintient à un niveau particulièrement élevé. Les données mensuelles tous secteurs confondus oscillent entre 5 800 et 5 900 procédures par mois :
- Mars 2025 : 5 833
- Avril 2025 : 5 894
- Mai 2025 : 5 764
- Novembre 2025 : 5 918
Les variations d’un mois à l’autre restent limitées. Il ne s’agit pas d’un pic ponctuel, mais d’un palier haut qui s’installe dans la durée.
Pour le BTP, cette stabilité à un niveau élevé signifie que la pression ne se relâche pas. Même sans accélération brutale, le volume constant de procédures fragilise progressivement le tissu d’entreprises, en particulier les plus petites structures.
L’absence de baisse significative montre que le secteur ne bénéficie pas encore d’un véritable retournement d’activité.
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Des contraintes financières persistantes
Plusieurs éléments continuent de peser sur les entreprises du BTP en 2025.
Des coûts encore élevés
La hausse des coûts de construction ralentit, mais les prix restent supérieurs aux niveaux observés avant la crise inflationniste.
Les matériaux, l’énergie et la main-d’œuvre représentent une part importante des charges. Lorsque les contrats ont été signés à prix fixe, la capacité à absorber ces hausses reste limitée.
Un accès au financement plus sélectif
Les établissements bancaires appliquent des critères plus stricts.
Les entreprises les plus fragiles rencontrent davantage de difficultés pour :
- obtenir de nouveaux crédits,
- renégocier leurs lignes de financement,
- financer des projets d’investissement.
Cette situation complique le lancement de nouveaux chantiers et freine la croissance.
Le poids du remboursement des PGE
Les Prêts Garantis par l’État, contractés durant la crise sanitaire, entrent dans leur phase de remboursement pour de nombreuses entreprises.
Les échéances viennent s’ajouter aux charges courantes, ce qui réduit la capacité d’autofinancement et accentue les tensions de trésorerie.
Une visibilité limitée sur l’activité future
Le ralentissement du logement neuf et l’attentisme de certains donneurs d’ordre publics ou privés réduisent la visibilité à moyen terme.
Des carnets de commandes moins fournis rendent plus difficile l’anticipation des besoins en personnel et en investissements.
