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Le patron de Stellantis rejoint Berlin pour alléger les normes européennes d’émissions

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Depuis plusieurs mois, l’industrie automobile européenne vit sous tension. Marges en berne, concurrence asiatique, ralentissement des ventes électriques : le secteur cherche un nouveau souffle. Dans ce contexte déjà fragile, une prise de position fait bruit.
Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, s’est rangé derrière l’appel du gouvernement allemand pour demander une révision des règles européennes sur les émissions polluantes.
Un mouvement qui pourrait redessiner l’avenir du thermique, des hybrides et du calendrier climatique imposé par Bruxelles.

Pourquoi Stellantis soutient ouvertement l’initiative allemande ?

La déclaration d’Antonio Filosa n’est pas un simple appui diplomatique. Elle marque une volonté nette de reconsidérer la trajectoire européenne, jugée trop rigide par la plupart des constructeurs.

Selon lui, les propositions allemandes correspondent à une réalité vécue dans les usines, les services R&D et les réseaux de distribution : les règles actuelles ne permettent plus aux groupes automobiles de retrouver des marges suffisantes pour investir, innover et sécuriser les emplois.

Pour Stellantis, l’appui à Berlin répond à trois préoccupations majeures :

  • la lenteur de l’adoption des véhicules électriques, beaucoup plus faible que prévu,
  • la pression exercée par les marques chinoises, capables de proposer des modèles électriques moins chers,
  • l’assèchement des budgets industriels, lié au coût colossal de la transition technologique.

En d’autres termes : sans assouplissement, une partie de l’industrie pourrait se retrouver dans une impasse.

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Les mesures européennes attendues le 10 décembre : ce qui pourrait basculer

La Commission européenne dévoilera dans quelques jours un paquet de mesures destiné au secteur automobile.
Il pourrait devenir un tournant majeur pour la réglementation environnementale.

Au programme :

➡️ Revoir les objectifs d’émissions de carbone

Des discussions portent sur une adaptation des niveaux exigés aux constructeurs, afin d’éviter des amendes massives pour non-conformité.

➡️ Réintroduire de la marge de manœuvre pour les hybrides rechargeables

Berlin souhaite que les PHEV restent autorisés après 2035 dans des conditions précises.
L’idée : conserver une technologie intermédiaire jugée utile pour réduire les émissions sans brusquer les consommateurs.

➡️ Laisser une porte ouverte à certains moteurs thermiques ultra-performants

Plusieurs gouvernements évoquent l’idée de maintenir en circulation des moteurs thermiques très sobres, voire compatibles avec certains carburants bas-carbone.

➡️ Donner plus de visibilité aux constructeurs pour planifier leurs investissements

L’industrie réclame un cadre stable sur dix ans afin d’éviter les revirements et les changements abrupts de calendrier.

Ces orientations, si elles sont confirmées, redéfiniraient profondément le rythme de la transition automobile en Europe.

Antonio Filosa : pourquoi son soutien public pèse lourd ?

La position du directeur général de Stellantis ne tombe pas au hasard.
Elle reflète une ligne stratégique amorcée il y a un an, après la mise à l’écart de Carlos Tavares.

Un changement de communication au sein du groupe

Stellantis adopte désormais un discours plus direct sur la politique européenne, notamment via :

  • John Elkann (président du groupe),
  • Antonio Filosa (directeur général),
  • les dirigeants régionaux.

Tous multiplient les sorties médiatiques mettant en garde contre les risques pour l’industrie.

Une alerte sur un risque de “déclin irréversible”

La semaine dernière encore, John Elkann prévenait que l’Europe pourrait perdre son leadership automobile si elle persistait dans une trajectoire trop restrictive.
Filosa renforce ce message en évoquant l’urgence d’une décision rapide pour éviter un affaiblissement durable.

Un rôle fort au sein de l’ACEA

Stellantis est devenu l’un des porte-voix majeurs de l’association des constructeurs automobiles européens.
Les propositions formulées par l’ACEA sont directement reprises par Berlin :
– extension de la place des hybrides,
– révision des seuils d’émissions,
– soutien à la production de petits véhicules,
– modernisation accélérée des flottes.

L’alliance entre un géant industriel et la première puissance économique européenne crée une pression importante sur Bruxelles.

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Pourquoi Berlin veut rouvrir le dossier des émissions ?

Le chancelier Friedrich Merz a surpris Bruxelles en demandant des ajustements favorables aux hybrides et aux moteurs thermiques très optimisés.

Plusieurs éléments expliquent cette prise de position :

1. L’adoption trop lente des voitures électriques en Allemagne

Le marché allemand, pourtant l’un des plus avancés, connaît un ralentissement marqué.
Les consommateurs hésitent face :

  • à la hausse des prix,
  • aux incertitudes sur les primes,
  • au manque de bornes rapides en zones rurales.

2. La concurrence chinoise monte en puissance

Des marques comme BYD, MG ou NIO proposent des véhicules électriques bien moins coûteux.
Résultat : les constructeurs européens perdent du terrain.

3. L’emploi devient un sujet explosif

L’industrie automobile allemande représente des centaines de milliers d’emplois directs.
Un calendrier trop rigide pourrait provoquer des suppressions massives, particulièrement chez les sous-traitants spécialisés dans le thermique.

4. Les hybrides rechargeables restent populaires

Contrairement à certaines idées reçues, les PHEV restent très demandés par les flottes d’entreprise et les automobilistes qui veulent une transition progressive.
Berlin souhaite éviter une rupture trop brutale.

Que réclame réellement l’industrie automobile européenne ?

Les constructeurs ne demandent pas un retour au passé.
Ils souhaitent un cadre réaliste, mieux calé sur les capacités financières et technologiques actuelles.

Parmi les éléments mis en avant :

➡️ Ajuster les niveaux d’émissions applicables aux véhicules utilitaires légers

Ces modèles restent essentiels au commerce, à la logistique urbaine et aux PME.
Une réglementation trop sévère pourrait pousser de nombreuses entreprises à augmenter leurs prix ou à réduire leur activité.

➡️ Relancer la production de petites voitures abordables

Les véhicules compacts sont en voie de disparition en Europe, car leur conception électrique reste trop coûteuse.
Les industriels demandent un environnement réglementaire permettant d’en fabriquer à des prix compétitifs.

➡️ Accélérer le renouvellement des flottes existantes

Remplacer d’anciens modèles polluants par des véhicules récents (thermiques ou hybrides optimisés) pourrait réduire rapidement les émissions réelles, sans attendre une adoption massive de l’électrique.

➡️ Trouver un point d’équilibre entre décarbonation et compétitivité

L’objectif n’est pas de retarder la transition, mais d’éviter un choc industriel.
Les constructeurs s’accordent sur la nécessité d’une trajectoire plus progressive.